Après Baja, on arrête ou on continue?

Se rendre jusqu’au bout de Baja California, c’est plus de 1 600 kilomètres à parcourir à travers le désert et les montagnes. Sur la carte, on dirait une petite péninsule de rien du tout, mais quand tu la traverses en vélo, la petite péninsule paraît beaucoup plus grande. Ça fait presque deux mois que nous sommes entrés en territoire mexicain. Excepté une semaine de repos forcé à Ensenada pour le genou de Guillaume et une semaine à La Paz pour profiter des magnifiques plages, nous aurons pédalé plusieurs jours pour traverser cette péninsule désertique avec quelques arrêts ici et là. 

   

Nous avons eu la chance de voyager avec une famille extraordinaire. Une famille qu’on avait rencontré à peine une fois avant leur départ en mai dernier. Nous ne pensions pas que nos routes se croiseraient à nouveau. On n’avait aucune idée que nous pourrions se revoir à San Diego et encore moins que nous longerions les routes de Baja ensemble pendant près d’un mois. Quand les villages et les rencontres se font rare, tu apprécies encore plus la compagnie d’une autre famille qui vit une réalité semblable à la tienne. On aura appris plusieurs trucs de cyclo en leur compagnie. Faut dire que Karl et Marie-Ève ont plusieurs kilomètres à leur compteur. Il paraît qu’ils ont aussi appris certaines choses de notre part! Tant mieux! Nous garderons de très bons souvenirs passés en compagnie de Marie-Ève, Karl et Kayla. On leur souhaite une belle continuité dans leur aventure qui les mènera jusqu’en Argentine!

Baja aura été pour nous une étape remplie de belles surprises, d’apprentissages et de constatations. Voici en quelques points ce qu’on en retient! 

Pédaler dans Baja, c’est…

– pédaler plusieurs jours de suite dans le désert, chargés comme des mûles et avec la crainte de manquer d’eau. 

-pousser ses vélos dans le sable pour se trouver une cachette pour installer la tente. Les campings n’étant pas toujours là quand nous en avions besoin. Notre moyenne de kilomètres par jour ne nous permettait pas toujours de croiser des villes ou villages.

-penser que tout le monde parle anglais (c’est ce que plusieurs nous avait dit) et essayer de se débrouiller avec le peu d’espagnol qu’on connaît. On est meilleur qu’il y a deux mois, mais on a encore de l’apprentissage à faire! On se souvient de la fois où on voulait retirer de l’argent au « mini-market » à San Ignacio. Une chance qu’un Canadien est arrivé pour nous aider! On peut dire qu’on a eu chaud à force de gesticuler pour se faire comprendre! 

-manger des Fish tacos, des quesadillas ou des empanadas pour presque rien! Attention de ne pas mettre la salsa piquante par contre. Nos papilles ne tolèrent pas encore les mets trop épicé.

-voir des chiens errants partout, des chiens qui jappent tout près de la tente parce qu’ils nous protègent (on ne sait pas de quoi), des chiens qui nous suivent sur la route pendant cinq kilomètres, des chiens qui veulent de la nourriture et de l’affection…

-rencontrer des familles mexicaines très généreuses, spécialement la famille d’Ottun à San Ignacio et la famille de Tuly à La Paz.

-rencontrer autant d’américains que de mexicains. C’est vrai que Baja est très américanisé! Autant le désert et ces petits villages nous ont dépaysé, autant les villes nous ont surprises avec leurs restaurants et magasins tout droit sorti des États-Unis! 

-avoir des coups de cœur, comme la charmante ville de San Ignacio pour son oasis et sa Mision, Puertecitos pour ses sources d’eau chaude, Santispac pour sa plage paradisiaque et La Paz pour ses magnifiques plages turquoises!

-se demander: » mais qu’est-ce qu’on fait ici, en plein milieu du désert avec trois enfants? » Surtout une certaine nuit quand le vent violent a voulu arracher la doublure de la tente…

-se poser plusieurs questions sur la suite de notre aventure, continuer d’avancer en se disant que la réponse viendrait peut-être d’elle-même, en temps voulu.

-se faire dire par ses enfants qu’ils sont fiers du chemin parcouru et qu’ils n’en reviennent pas de ce qu’ils ont réussi à faire. On doit avouer que nous sommes aussi très fiers d’eux!

-c’est dormir dans des paysages différents tous les soirs et se réveiller le matin, émerveillé par tant de beauté! 

L’heure est au questionnement:

Maintenant qu’on est rendu au bout de cette magnifique péninsule, il est temps de prendre le ferry pour traverser sur le « mainland ». C’est la suite logique de l’itinéraire que nous avions planifié. Par contre, nous sommes forcés d’admettre que le doute nous a envahi depuis quelques semaines…

 Plusieurs événements sont venus nous titiller l’esprit. Pendant que vous lisez ces lignes, nous avons la tête emplie de souvenirs, le cœur rempli de toutes sortes d’émotions et les 10 pieds de retour en sol québécois! Nous avons fait le choix de prendre une pause du voyage. Vous êtes surpris? Nous aussi on l’est un peu!  Il est vrai que nous avions prévu partir trois années, mais nous nous étions surtout promis que le plaisir devait toujours être au rendez-vous et ce n’était plus le cas depuis quelques temps. À la moindre montée, la douleur au genou de Guillaume refait surface. Norah ne supporte pas très bien la chaleur lors d’efforts physiques intenses et la température sera de plus en plus chaude dans les prochains mois. Comme nous essayons d’être à l’écoute de nos enfants, nous avons également remarqué une fatigue générale depuis quelques temps… 

On a réfléchi, on a discuté en famille, on a dormi là-dessus pendant plusieurs nuits et malgré une petite pointe de tristesse, on en est venu à la conclusion que nous avions vécu une aventure extraordinaire et qu’il valait mieux s’arrêter plus tôt que trop tard! Cela nous a pris du temps à nous décider, mais une fois la décision prise, nous avons remarqué les yeux des enfants s’illuminer à l’idée de retrouver leurs amis et la famille. Leur joie était telle qu’il n’arrêtait pas de faire des plans pour le retour. On a donc été encore plus convaincu que nous venions de prendre la bonne décision!

On tient à remercier tous le support virtuel que vous nous avez offert durant la dernière année. En plus de notre courage et de notre volonté à pédaler tous ces kilomètres, nous sommes conscients que vos bons commentaires et vos encouragements nous ont suivi tout au long de notre route, spécialement lors des journées plus difficiles. Vous nous avez suivi fidèlement, attendant de nos nouvelles et nous vous remercions de tout cœur d’avoir été avec nous! Plus de 5 600 personnes qui nous suivent sur FB, ce n’est pas rien! 

Nous voulons aussi remercier tous les gens qui nous ont aidé à réaliser notre rêve, que ce soit de près ou de loin. Nous sommes vraiments reconnaissants de tout ce que la vie nous apporte! Nous sommes aussi très reconnaissants pour les magnifiques expériences que nous avons vécues lors des derniers neuf mois et demi sur la route.

Avec toute la gamme d’émotions par laquelle nous sommes passés dans les derniers jours, nous en sommes venus à la conclusion que les 10 Pieds sur Terre étaient des amoureux du voyage, mais ce sont  aussi une famille ayant les pieds sur terre capable de prendre la bonne décision, même si c’est difficile. 

On n’a pas l’intention de vous laisser comme ça, on a encore plusieurs choses à vous partager, dont comment s’est passé le retour et quels sont nos projets futurs! L’idée de donner quelques conférence s’est aussi pointé le bout du nez! On vous tient au courant en temps et lieu!

Sur ce, on vous laisse sur ces quelques mots qui nous ont inspirés à partir à l’aventure avec nos enfants :  » Peu importe vos rêves, qu’ils soient petits ou grands, donnez vous le droit de les réaliser! Tout est possible, il ne suffit que de le décider »! 

La Gang de 10 Pieds sur Terre! 

Xxx

6 Comments

  1. Jean-François Trépanier

    bravo pour tout! Bravo d’avoir écouté votre coeur et trouvé le courage de partir. Bravo pour votre parcours avec les enfants. Si les adultes sont changés par un tel voyage, imaginez vos enfants. Et comment ce moment de leur si jeune vie aura un impact sur la leur… Et finalement bravo pour avoir su, encore une fois, écouté votre coeur et les enfants pour la décision du retour.

    J’ai 59 ans et deux enfants de 30 et 27 qui ont été tous les deux été initié au plein-air vers les 5-6 ans par le canôt-camping. Et bien, la tradition se poursuit annuellement, malgré leur vie personnelle, les études ou le travail, ils m’accompagnent toujours pour un voyage annuel, soit de canôt, de kayak de mer ou de randonnée pédestre. Nous avons commencé par des fins de semaine pour maintenant partir de une à trois semaines annuellement. Des rivières ou plans d’eau partout au Québec, au Yukon et au Nunavik, des randonnées pédestres au Nunavut, en C-B, en Alaska/Yukon et même en Europe. Votre voyage sera le germe qui fera fleurir votre vie familiale comme vous ne pouvez l’imagnier. bravo!

  2. Bravo!! Vous avez su accomplir ce rêve et remercier la vie de vous avoir permis cette aventure aussi d’avoir la sagesse de mettre fin à ce voyage lorsque vous avez perçu qu’il était temps. Je vous admire et vous souhaite un bon retour à la réalité du quotidien. Je suis certaine que vous réussirez dans tout vos projets. Bonne chance!!! xx

  3. Triste que le voyage arrête . Contente que votre décision soit prise ensemble quand le corps nous fait mal il vaut mieux l`écouter. La vie continue soyez heureux vous avez vécus plein de beaux souvenirs et merci de nous les avoir partagés. PS (J`espère que ce n`est pas le manque d`argent qui vous font arrêter.)

  4. Marie-Andrée Gagnon

    Ouf! C’est toute une décision.
    Sachez que je suis avec vous en pensées. C’est la bonne décision ne regretté rien. Vous avez fait tellement! Vous êtes et vous resterez un modèle pour moi de courage et de détermination. Je serais très contente d’aller vous voir en conférence.
    Bon retour!
    On vous aime.
    Sincèrement, si je peux faire quelque chose pour vous aider…

    Marie Andrée xxx

  5. Bravo pour votre belle aventure. Bravo pour votre courage d’avoir pris la bonne décision au bon moment. Un voyage long terme est très éprouvant et vous avez su y faire fasse avec bonheur. Laissez vos sentiments agir, n’essayez pas de les faire disparaître. Cette pointe de déception en vous vous accompagnera pour quelques temps, mais elle finira par se dissiper. Cela peut être long mais vos prochaines aventures vous revigoreront. En revanche, cette fierté d’avoir accompli un rêve vous suivra toute votre vie. Toutes ces émotions ont droit d’être, laissez les vous guider. Surtout, prenez le temps de revenir, de faire le point et de laissez la vie vous envahir. Le plus important, c’est d’apprendre.

  6. Bonjour à la famille,
    J’ai suivi avec intérêt votre périple en vélo. Je vous trouve super courageux d’avoir accompli cet exploit. Que vous ayez fait 200 km ou 50000 km la distance a peu d’importance, c’est de partir et de réaliser le projet qui a du sens.
    Nous avions ce rêve de partir pour une longue période. Donc, on a mis en place les préparatifs pour y arriver. Entre-temps, la maison toujours pas vendue, nous sommes partis 3 mois sur l’Euro vélo. 6 pays plus tard, on se rend compte que la fatigue est au rendez-vous. On décide de revenir plus tôt que prévu comme vous. Difficile décision mais une fois prise c’était une libération.
    Ensuite, avant de partir en vélo en Asie, on a décidé d’aller en éclaireur. Nous y sommes en ce moment.(Inde et Thaïlande) Pas en vélo. Mais on constate qu’il nous serait trop difficile pour nous de le faire en vélo. Trop chaud, trop dangereux. (les routes). Tout prêts de la soixantaine, je pense qu’on est plus peureux. Ceci nous permet de se repositionner. De penser une autre façon de voyager. (parce qu’on aime voyager) On verra, l’avenir nous le dira. Bravo, mille fois. Je vous admire.
    Johanne

Comments are closed